FRANCE-CHINE [1700-1860]
Exposition 26/06 > 07/11/2010

 

 

 

La Chine bouleverse l’Occident

Presque marginaux sur le plan économique, les échanges avec la Chine ont au 18e siècle des effets immenses sur la culture et les manières de vivre de tous les Occidentaux fortunés et même, dans une moindre mesure, sur l’ensemble des populations au moins citadines.
Jusqu’au milieu du 18e siècle en effet, l’Europe « cultivée » est nettement dominée par une sinophilie à laquelle n’échappent que les marchands fréquentant la Chine : les objets chinois, la philosophie chinoise (ou ce qui est perçu comme tel, avec l’exemple de Confucius), le mode de gouvernement chinois et jusqu’aux… yeux chinois (noirs) sont des références obligées.
Qu’il y ait dans cette « passion chinoise » beaucoup d’incompréhensions est indéniable. En fait, c’est largement une Chine mythique que les intellectuels européens proposent à leurs lecteurs.
Ces illusions expliquent la facilité avec laquelle s’impose peu à peu, après 1750, une sinophobie diffusée par les milieux économiques.

Album sur la culture du thé
Chine
Dynastie Qing, 18e siècle
Rennes, musée des Beaux-Arts
Ancienne collection de Robien
© MBA de Rennes, distr. RMN/ J.-M. Salingue

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Le thé

Le thé apparaît en 1609 à Amsterdam puis en 1646 en Angleterre. La révolution de la consommation n’intervient qu’au 18e siècle : de 1 300 tonnes emportées de Canton en 1720, on passe à 15 000 dans les années 1780 ! Le thé constitue donc l’essentiel des cargaisons : de 70 à 90% selon les voyages.

Le thé fait naître de nouveaux comportements : Thomas Twining ouvre à Londres le premier salon de thé en 1717, tasses spécifiques, théières et bouilloires se multiplient. Signe assuré du triomphe, la contrebande s’envole et les fraudes sur la qualité se multiplient, en Chine comme en Europe.

À la fin du siècle, le rite du tea o’clock s’est imposé en Angleterre, tandis que s’annonce la fin du monopole chinois.

Paravent à douze feuilles
Dynastie Qing, début du 18e siècle
Paris, musée Guimet
© RMN (musée Guimet, Paris)/ T. Ollivier

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Le cadre de vie

Si chacun ou presque peut envisager l’achat d’un modeste éventail – l’équivalent d’une journée de salaire –, le goût de la Chine concerne essentiellement les classes aisées. La porcelaine chinoise se diffuse ainsi chaque année par centaines de milliers de pièces mais, dans l’aristocratie, on la fait réaliser spécialement à ses armes. Le papier peint, les très coûteux meubles laqués, les paravents enchinoisent les intérieurs. À un niveau de richesse supérieur encore, le jardin se fait chinois.

Passion, et mode aussi, parfois superficielles : les Européens ne retiennent ainsi du jardin chinois que les apparences, rochers, cascades et ponts courbes, pavillon voire pagode. La Chine est ainsi redessinée dans une optique occidentale.

Boîte couverte
Manufacture de Chantilly, vers 1740
Porcelaine tendre de style Kakiemon
Sèvres, musée national de la Céramique
© RMN/ M. Beck-Coppola

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Quand l’Europe copie la Chine

Clientèle fortunée, mode furieuse, passion sincère parfois, autant d’éléments qui ont poussé les créateurs et techniciens européens à s’inspirer de la Chine dans les domaines les plus divers.

Les exemples les plus nombreux concernent évidemment le décor (la peinture, la tapisserie, le papier peint). De brillants ébénistes parviennent à produire des laques dont la qualité égale celle des meilleurs meubles et panneaux décoratifs chinois. L’exemple le plus célèbre est évidemment celui de la porcelaine qui, avec des degrés de finesse variable, tente d’imiter la production chinoise : le succès décisif est obtenu en Saxe en 1709, avec la création de la manufacture de Meissen, qui précède celle de Sèvres.

Paires de lions bouddhiques
Chine - Dynastie Qing, 18e siècle
Terre cuite avec rehauts rouge et or
Strasbourg, musée des Arts décoratifs
©M. Beck-Coppola, musée des Arts Décoratifs, Strasbourg

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Culture et loisirs : la Chine pour tous ?

La Chine est loisir de collectionneur fortuné, jusqu’à la passion déraisonnable, elle inspire des fêtes princières, à l’exemple de celle donnée à Venise en 1716 par le souverain saxon Auguste le Fort qui lance sur le Grand canal des gondoles transformées en jonques menées par des « coolies », au milieu de danses et de chants « chinois ». Mais elle fournit aussi la trame ou le prétexte de créations plus accessibles, surtout dans les conditions du 18e siècle : ainsi de la sérénade d’opéra de Gluck, Le Cinesi [Les Chinoises] en 1754, de pièces de théâtre comme L’orphelin de la Chine de Voltaire (1755) ou de romans d’intérêt très inégal. On peut même se baigner « chinois » à Paris dans les années 1780…

Portrait de l’empereur Qianlong
Giuseppe Castiglione (nom chinois Lang Shining) (1688-Pékin 1766) (attribué à)
Début du règne de Qianlong (1736-1795)
Paris, musée Guimet
© RMN (musée Guimet, Paris)/ T. Ollivier

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Les échanges d’idées

En ce domaine, le 18e siècle vit en partie sur l’acquis du siècle précédent, celui où les Jésuites, à peu près seuls, diffusaient une image quelque peu idéalisée de la Chine. Mais il demeure, grâce à la faveur impériale, une réelle influence scientifique, dont les échos sont largement diffusés en Europe par des Jésuites qui en sont réduits au rôle de savants, de techniciens, ou d’artistes (à l’exemple de peintres comme Castiglione et Attiret).

Depuis 1704 en effet, le pape a définitivement condamné les « rites chinois », c’est-à-dire l’adaptation du catholicisme à la culture chinoise, ce qui a entraîné l’interdiction, dans les faits, de tout prosélytisme religieux.

Il subsiste cependant en Occident, jusqu’assez loin dans le siècle, l’idée que la Chine serait le modèle du « despotisme éclairé ».

© Château des ducs de Bretagne - musée d'histoire de Nantes