FRANCE-CHINE [1700-1860]
Exposition 26/06 > 07/11/2010

 

 

 

 

L'exposition

En 1700, au moment où revient en Bretagne le premier navire français ayant touché la Chine, les Européens en sont à esquisser timidement le commerce avec un pays qui les fascine. Les Jésuites présents à Pékin depuis un siècle ont su créer la passion de la Chine ; les soies, les porcelaines, les laques et le thé vont la développer tout au long d’un 18e siècle de « folie chinoise ». Les philosophes s’entichent, les artistes s’inspirent, les artisans et les techniciens tentent d’imiter.
En 1860, les armées anglaise et française s’emparent de Pékin, pillent et brûlent le jardin de la Clarté parfaite (Yuanming yuan), résidence d’été de l’empereur et trésor culturel, et la Chine doit signer ce que l’histoire retient sous le nom de « traité inégal ».
Comment expliquer qu’en 160 ans les rapports aient glissé de la porcelaine à l’opium, que le rapport des forces se soit à ce point inversé, et que le tout-puissant Empire du Ciel soit en passe de devenir une colonie occidentale ?

Hondius/Jansson Asia

> L'Amphitrite, la Compagnie des Indes et la Chine

 

Un voyage tardif

L’Amphitrite quitte La Rochelle le 6 mars 1698 : très exactement quatre siècles après la rédaction par Marco Polo du récit de son séjour en Chine. Un peu plus de quatre siècles aussi après le séjour à Paris de l’ambassadeur chinois Rabban bar Sauma. Entre-temps, les relations entre l’Occident et la Chine se sont interrompues pendant 150 ans, jusqu’à ce que les Portugais lancés à la redécouverte du monde ne touchent les abords de Canton, en 1513.

Les Portugais, installés à Macao à partir de 1557, ont été suivis et bientôt supplantés par les Anglais et les Hollandais. Les Espagnols sont tout proches, aux Philippines. Des missionnaires français, au 17e siècle, ont emprunté des navires portugais pour rejoindre la Chine. Mais il a fallu l’envie et la volonté d’un roi, Louis XIV, pour que reprenne enfin une relation marchande directe.

Hue Jean-François
Vue du port de Lorient Hue.
Huile sur toile
SENAT dépôt Louvre

 

Une aventure maritime

Même si les conditions de voyage se sont améliorées depuis le 16e siècle, même si la route maritime s’est améliorée grâce à la traversée directe de l’océan Indien, aller « à la Chine » reste une aventure redoutable. Entassement des équipages, hygiène déplorable, nourriture médiocre, pertes humaines importantes, incertitudes nautiques, cantonnement à l’écart de la ville lors du séjour en Chine, et surtout un interminable voyage de 18 à 30 mois – 29 dans le cas de l’Amphitrite. Terrible aventure donc pour ces véritables prolétaires de la mer : la porcelaine et le thé de Chine se paient aussi de peines et de souffrances.

L’aventure n’est donc un rêve que pour les capitaines, à la fonction aussi prestigieuse que lucrative, et pour leurs armateurs.

Bol à punch
chine, dynastie Qing, vers 1770-1790
porcelaine, famille rose
Guimet

 

Un commerce marginal et déséquilibré

Sur le plan économique, le commerce à la Chine reste marginal : avec moins de dix navires par an au début du 18e siècle – un pour la France –, autour de 80 – cinq pour la France – à la fin du siècle, nous sommes loin, très loin du commerce antillais, de la traite négrière et même tout simplement du commerce maritime entre pays européens.

Déséquilibré, aussi : pour les Chinois, le commerce occidental est plus marginal encore, et les Occidentaux sont ostensiblement traités comme des solliciteurs, dont se charge un groupe de marchands hanistes bénéficiant d’un monopole.

Mais, c’est vrai, aucun commerce ne suscite autant de passions et de rêves en Occident…

Liste des marchandises apportées par le vaisseau le St-Louis, venant de la Chine, arrivé à St-Malo le 20 sept. 1724. Vente à Nantes le 12.11.1726.
Papier imprimé
AMN

 

Une opération capitaliste

Le commerce à la Chine est assuré par des compagnies. Elles gèrent une industrie de main-d’œuvre, rendent des comptes à leurs actionnaires, rémunèrent grassement les agents dont dépendent les résultats financiers : les capitaines et les subrécargues, responsables commerciaux embarqués à bord ou plus souvent installés à demeure à Canton.

Les profits, largement accrus par une fraude organisée (en particulier, la réexpédition du thé en contrebande vers l’Angleterre), dépassent un taux de 50% dès les années 1730, et augmentent encore ensuite, ce qui explique la part croissante de la Chine dans les activités des Compagnies des Indes.

© Château des ducs de Bretagne - musée d'histoire de Nantes