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Le Pain noir d'avril 1942

Le Pain noir d'avril 1942

Témoignage émouvant du quotidien de la deuxième guerre mondiale à Nantes, l’objet conservé jusqu’alors par une famille nantaise est récemment entré dans les collections.

« Qui ne s’est interrogé sur la manière dont certains objets parviennent jusqu’à nous ? Non pas les peintures, les sculptures et les objets précieux, mais les outils, les ustensiles, les vêtements, les lettres, les jouets… toutes ces petites choses qui, mises en relation les unes avec les autres, disent bien plus d’une époque que les œuvres monumentales. En avril 1942, les temps sont particulièrement difficiles pour les Français. L’occupation allemande est durablement installée. Le mois précédent, les premiers juifs de France ont été envoyés à Auschwitz. Le 18 avril, Pierre Laval est devenu Premier ministre, ministre de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Propagande, accentuant un peu plus encore le rapprochement des autorités françaises et allemandes.A Nantes, le 20 avril, les troupes allemandes ont défilé devant la Kommandantur pour fêter l’anniversaire d’Hitler. Et le 24, Jacques Doriot, président du Parti populaire français, parti collaborationniste, a prononcé devant une salle pleine un discours sur la nécessité de soutenir les Allemands dans leur effort militaire sur le front de l’Est. C’est à ce moment qu’une mère de famille de Nantes met de côté deux tranches de pain noir. Il s’agit du pain que l’on mange depuis le début de la guerre et que l’on obtient grâce aux tickets de rationnement. Ces deux tranches pèsent 50 grammes. Elles sont conservées avec ce petit mot : « Le pain que nous mangeons en avril 1942 ».

Comment expliquer ce geste ? On imagine dans cet acte l’espoir qu’un jour la guerre finira et qu’alors il faudra dire, témoigner, raconter sans mentir, avec des preuves aussi concrètes que possible, la privation, le manque, la peur. On lit dans ce geste la volonté de matérialiser, à l’aide de choses toutes simples, ce que la guerre est aux civils. Destinées en premier lieu à sa toute jeune fille, afin de lui faire comprendre, plus tard, ce qu’il a fallu endurer, les deux tranches de pain noir ont été conservées. Cousues dans un petit étui de plastique avec le mot manuscrit qui les accompagnait, elles ont été données au Musée d’histoire de Nantes en novembre 2008, avec un petit carnet où les valeurs des tickets de rationnement, reportées au crayon de bois, donnent les renseignements suivants : « Septembre : Pain : 200 grammes par jour Viande : par personne et semaine : 250 grammes Fromage : 60 grammes par semaine Matières grasses : 525 grammes par mois Sucre : 500 grammes par carte » Objets surprenants s’il en est, ces deux tranches de pain témoignent d’une extraordinaire volonté, celle de participer à l’écriture de l’histoire, écriture collective dans laquelle chacun peut, s’il le souhaite, laisser une trace ».

Krystel Gualdé, responsable de la Conservation au musée d'histoire de Nantes, extrait du numéro 15 de la revue Place publique.

 
 

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